Eux, les harceleurs de rue

Eux, les harceleurs de rue

Coucou, toi !

Hier, j’ai eu l’occasion de retomber sur le Tumblr Paye Ta Shnek, que je connais depuis quelques années déjà. Pour te faire un topo, si tu ne connais pas (encore) ce site, ce sont des témoignages de harcèlement dans des lieux publics (globalement, on a que des témoignages de femmes).

Autant te dire que me replonger dans la lecture de ces paroles jetées avec délicatesse à des femmes m’a rendu malade. Je suis atterrée. Je ne comprends pas ce qui peut passer par la tête de ces types qui balancent de telles monstruosités. Des mots qui blessent, qui te rabaissent, qui te font peur. Evidemment, quand je parle de harcèlement, je ne parle pas de ces paroles un peu lourdes, mais dénuées de toute méchanceté, que l’on peut nous sortir (« hé mademoiselle, t’es charmante » et compagnie). Je parle de ces mots qui font mal, qui sont balancés avec l’envie de dégrader, de faire peur. Parce que oui, moi, quand je suis confrontée à ces termes, j’ai peur. Peur, parce que ces mots se muent rapidement en action, et qu’on ne sait plus jusqu’où les choses peuvent dégénérer.

Toutes les citations sont tirées du site Paye Ta Shnek.


« Hey miss, viens on parle ! Mais réponds moi là ! Vas-y réponds moi, t’es bonne tu sais ? Putain mais lâche tes écouteurs ! Sale pute, t’inquiète je sais ou t’habites maintenant. »
Cachan — Un soir en sortant du bus et me suivant jusque chez moi.

« Hé toi là, avec ta tresse de pétasse, viens la que je te pète le cul ! Hé, t’habille pas comme ça si tu veux pas que j’te viole ! On se reverra ma salope ! »
Chambéry — rue Denfert Rochereau

« Mais… ils mettent des filles comme toi dans la rue, et tu sais ce que j’pense ? Que j’vais te baiser en fait. Avec ou sans préservatif, j’vais t’baiser. Tu comprends ? »
Lyon — rue de la République me plaquant contre un mur dans une rue bondée, alors que je faisais mon travail : de la sensibilisation pour une association de lutte contre le SIDA

« Et toi ! Viens là, que j’te dégonfle le bide. Après y’aura largement la place pour qu’avec mes potes on s’installe. »
Le Mans — place de la Sirène, adressé à moi, enceinte de 7 mois

« Hé ! C’est la belle de toute à l’heure. Tu sais que t’es vraiment jolie ? Réponds. Tu veux pas nous répondre avec ton beau visage ? […] Si tu continues à t’habiller comme ça, tu vas te faire sodomiser la chatte. On va te traquer. »
Sainte-Anne (Guadeloupe)

« Hé toi tu as vraiment l’air d’être très très conne ! Allez embrasse-moi… embrasse-moi ou je te pète la gueule ! »
Grenoble — parc Paul Mistral, son front contre le mien

« Eh toi ! Ouais toi là ! Eh pétasse ! Tu vois la bosse dans mon froc ? J’vais te la faire sucer jusqu’à ce que tu gerbes. Je vais te baiser la gorge, salope ! »
Boulogne sur Mer — en face de l’église de la place Dalton, le tout en m’attrapant par mon collier. Un coup de genou dans la bosse en question a permit ma fuite.

« Espèce de sale pute ! Dès que tu seras seule, je te violerai jusqu’à ta mort. »
Cannes — rue d’Antibes, seule à 21h


Je ne sais même plus quoi dire quand je vois que même dans le cadre du travail, les réflexions ne sont pas seulement sexistes, mais dégueulasses. Dégradantes. Voire même dangereuses.


« Je suis sûr que tu te rases intégralement la fouf. »
Sur mon lieu de travail — de la part d’un collègue, devant tous mes autres collègues qui en riaient.

« Tu sais que si je te viole maintenant, personne ne le saura ? »
Paris — La Défense, dans l’ascenseur avec un collègue. J’ai vraiment eu peur…

« Si tu continues de t’habiller comme ça je vais te violer ! »
Au travail — un collègue, à la machine à café devant une dizaine d’autres collègues mâles amusés

« Arrête de mettre des jeans comme ça, j’vais finir par te violer. »
Le Mans — par mon supérieur hiérarchique


Que parfois, mêmes des « amis » sont du mauvais côté de la barrière.


« C’est bon, elle dort. »
De la part d’un “ami” à une soirée, alors que je somnolais avant qu’il ne se mette à vouloir me toucher…


Ce que je comprends d’autant moins et qui me rend en colère, c’est le fait que personne ne réagisse quand une fille se fait agresser de cette manière. La seule question qui me vient alors c’est : pourquoi ? pourquoi ne réagissez-vous pas ?


« Hé sale pute ! Reviens ! On va te violer ! »
Nantes — D’Atlantis jusqu’à Commerce. Un soir, alors que je sortais du boulot, un homme m’a suivie dans le tram. Je n’ai pas voulu descendre à mon arrêt par peur (Il n’y avait personne). Pendant ce temps, il avait appelé un ami, et m’a poursuivie dehors en me criant ça. Je suis pourtant descendue en plein centre ville, dans la foule, et les gens m’ont regardée crier, pleurer et courir sans tenter d’arrêter ces 2 hommes.

« Papillon, papillon, papillon… vas-y salope réponds ! Salope ! T’aimes ça qu’on t’appelle salope ! (Il m’attrape par l’épaule) Reste ici salope ! »
Metz — rue du Palais, en marchant vers le centre ville après les cours. Les terrasses étaient bondées, tout le monde a regardé, ri et même filmé, mais personne n’a bougé.


Comment peut-on baisser la tête, ignorer ? Comment peut-on rire, voire pire, filmer ce genre de scènes ? Pourquoi personne ne réagit, et par cette absence de réaction tolère cet harcèlement ? Je peux certes comprendre qu’on ait peur que les agresseurs se retournent contre nous du fait d’une intervention. Mais si chacun se dit ça, qui interviendra ? Personne. Tous ne feront que regarder cette fille. « Allez, c’est pas si grave. Et puis je ne la connais pas. Et après tout elle l’a peut être cherché. Oh, c’est pas bien méchant ce qu’ils lui disent. »

Mais si seulement une personne intervenait, seulement une seule, alors d’autres trouveraient aussi probablement la force d’intervenir. Et surtout, la victime ne serait plus seule. Si ces harceleurs se permettent d’agir ainsi, c’est parce qu’ils savent que personne ne ripostera. C’est un sentiment de toute puissance qui les habite. Et c’est ça, qu’il faut combattre ! On ne peut pas rester muet devant ce genre de scène. On ne sait pas jusqu’où ça peut aller. Et s’ils étaient sérieux ? Et s’ils la frappaient ? Et s’ils la violaient ? Et si cette fille, c’était ta petite amie, ton amie, ta sœur, ta cousine ? N’aurais tu pas souhaité que quelqu’un intervienne, avant que tout dérape ?

Cette violence verbale me fait vraiment peur. J’y ai rarement été confrontée, mais je la redoute, comme beaucoup. Non seulement parce que ces mots sont terribles et m’effraient, mais surtout parce qu’ils n’y a plus de limites : et si cet homme mettait sa menace à exécution ? Je sais que personne ne m’aiderait, qu’on me laisserait seule face à ça. Et ça me rend dingue.

A toi, pauvre type qui m’a sorti en boîte que « Putain j’la violerais bien elle. Ah non, en fait, elle serait consentante » : tu me dégoûtes.

Caféinement Vôtre.

Crédit image : image libre de droits modifiée

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6 réflexions sur “Eux, les harceleurs de rue

  1. je ne connaissais pas ce site mais c »‘est vraiment gerbant tout ça, j’en ai les larmes aux yeux….
    dans cette société où c’est chacun pour sa gueule, ça arrive bien plus souvent qu’on ne le croit….

    merci pour cet article qui remet les idées bien en place!
    bisous

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    • Merci à toi pour ce commentaire et ce compliment sur l’article : je suis contente si ça peut apporter quelque chose, ouvrir les yeux sur cette réalité.
      En tout cas, oui, je suis d’accord, c’est vraiment gerbant..
      Des bisous à toi !

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  2. J’ai connu le site « Paie ta Shnek » à ses débuts et j’ai constaté au fur et à mesure de la montée de sa « popularité » que les citations recueillies allaient crescendo dans la violence et les insultes… J’en suis moi-même victime, de temps à autre, et j’ai toujours une angoisse qui m’accompagne dès que je me dois déplacer seule en soirée ou rentrer chez moi au petit matin. C’est quelque chose qui me révolte, mais contre laquelle j’ai l’impression d’être impuissante… Comme tu l’as indiqué, maintenant, la mode est au « je filme, ça me fera des likes et retweets » sans même imaginer à quel point on peut se sentir en danger devant de telles déclarations. Comme si c’était incongru et que l’humour servait de rempart contre tout. Je suis d’accord sur le fait qu’on peut rire de tout et pourtant… Je ne comprends pas. Je ne comprendrai sûrement jamais le statu quo qui règne sur cette forme de « harcèlement ».

    P.S. : J’ai beaucoup aimé ton article. J’ai découvert ton blog avec lui d’ailleurs 🙂

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    • Tu vois, pour moi, ce n’est même plus quelque chose qu’on peut qualifier « d’humour » : c’est plutôt malveillant de rire de ça, de rire de la crainte de quelqu’un qui se fait harceler et d’en venir à filmer. A mes yeux, c’est même participer au harcèlement, et c’est tellement triste comme réaction.. J’espère tellement pouvoir voir une évolution dans les années qui viennent, et voir enfin les gens réagir ! C’est terrible d’en venir à se sentir en insécurité dans la rue…
      P.S. : merci pour ce compliment qui me fait chaud au coeur <3.

      Aimé par 1 personne

      • Hm, visiblement, je me suis mal exprimée. Je ne considère pas ça comme de l’humour, je constate plutôt que chaque parole est minimisée sous couvert de « l’humour », justement. C’est un peu le refuge ultime, bien pratique pour ne pas admettre la gravité d’un acte ou d’une parole qui semble parfois tellement anodine lorsqu’on la relate « hors contexte ». C’est un phénomène qui ne limite pas au harcèlement de rue… Et c’est bien ça le plus triste, d’ailleurs.

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